L’influence d’Ali (as) sur les hommes d’hier et d’aujourd’hui

ali-1L’importance du testament d’Imam Ali (as)

Le testament d’Imam Ali (as) constitue un des documents essentiels de l’Islam qui a un impact significatif sur notre compréhension des fondements de l’Islam. Il nous donne aussi des exemples concrets à appliquer dans nos vies. Il a une base historique et contemporaine qui mérite une très grande attention de notre part.

Le testament d’Imam Ali (as) fut écrit peu avant le 21 Mahe Ramadhan de l’an 40 AH. Imam Ali (as) a laissé bien des sermons, discours, prières, invocations et maximes. Mais ce testament est véritablement le dernier qu’il ait laissé avant de tomber en martyr.

Imam Ali (as), durant toute son existence, a subi d’énormes injustices, de difficultés, de trahisons de bien de ses amis, mais aussi le ralliement à sa cause de bien des personnes qui étaient avant ses adversaires.

Examiner le testament d’Imam Ali (as) c’est revenir sur 63 années d’une vie au service unique de l’Islam et sur ce qu’il juge le plus essentiel à appliquer dans nos vies. Nul doute que l’analyse de ce testament met en lumière des principes et des pratiques qui sont très contemporaines, qui soit dit en passant, ne s’appliquent pas qu’aux seuls musulmans, mais bien à l’ensemble de l’humanité.

L’une des questions que cette discussion soulève c’est de savoir à quel point nous avons mis en pratique dans nos vies et exporter vers le monde non chiite et non-musulman l’héritage d’Imam Ali (as) ? L’Imam Ali (as) n’est pas seulement une figure envoyée pour les chiites ou juste pour les musulmans. Il est venu pour l’humanité, comme leader du genre humain. En lisant les mots d’Imam Ali (as), nous devons nous demander si nous avons favorisé l’accès au savoir de cet homme illustre à l’ensemble de l’humanité.

Si nous prenons les chiites, force est de constater que nous avons terriblement restreint l’Imam Ali (as) à l’Islam et même, le plus souvent au chiisme uniquement. Mais, en ne privilégiant que cet angle de lecture, nous négligeons une facette importante de l’héritage de cet homme unique : l’humanisme et l’universalité. En vérité, un individu, peu importe son origine ou sa religion, trouvera chez Imam Ali (as) des éléments de réflexion, des réponses à ses questions et des principes à appliquer dans sa vie.

Tentons de comprendre comment nous pouvons explorer et partager avec ceux qui ne connaissent pas Imam Ali (as), qu’ils soient musulmans ou non d’ailleurs, l’enseignement de notre Imam (as). Pour cela, analysons les questions suivantes :

  1. Pourquoi est-ce que, au 21e siècle, le dialogue interreligieux devient crucial et important ? En conséquence, pourquoi les centres interconfessionnels sont-ils importants ?
  2. Est-ce que l’enseignement d’Imam Ali (as) a eu une influence sur ses contemporains non-musulmans ? Qui étaient ces personnes et en quoi étaient-ils exceptionnels ?
  3. Dans l’histoire contemporaine, quelles grandes personnalités chrétiennes, juives, sikhes ou même hindoues furent influencées par le message et l’enseignement d’Imam Ali (as) ?

Le dialogue interconfessionnel

Le développement technologique et la mondialisation des échanges font que nous ne vivons plus dans des sociétés hermétiques aux autres cultures et aux autres systèmes de pensées. Nos sociétés sont devenues des lieux cosmopolites et multiculturels. Nous interagissons, nous travaillons et nous fréquentons des gens qui n’ont pas les mêmes idéologies que nous. On peut avoir des collègues chrétiens ou athées, des voisins sikhs, des députés juifs ou bouddhistes ou encore des amis hindous : nous vivons dans la même ville, le même quartier et parfois la même rue.

Dans les types de sociétés où nous vivons actuellement, il est devenu indispensable de comprendre sa propre foi. Mais cela devient insuffisant : il faut aussi savoir l’expliquer et la partager avec les autres. Si une personne vient vous voir et vous demande de vous justifier sur l’utilisation de la violence et de la terreur dans l’Islam, comment allez-vous lui expliquer que cela est en totale incohérence avec la philosophie profonde de l’Islam ? Avec l’actualité que nous vivons, ces questions et leurs réponses ne sont pas que des exercices de styles intellectuels. Elles sont au cœur de la réalité que nous vivons.

On est donc dans un monde où il faut comprendre sa foi, lutter contre les dérives de nos coreligionnaires, expliquer aux autres notre propre foi et enfin, comprendre et tolérer la foi d’autrui. C’est là les fondements de la coexistence pacifique.

De fait, comprendre l’autre ne consiste pas uniquement et constamment à pointer ou à stigmatiser nos différences. Au contraire, il est sain et constructif de chercher nos dénominateurs communs et les aspects qui nous unissent. À titre d’exemple, toutes les religions partagent des valeurs aussi simples que la morale, le respect, l’éthique ou encore la bonté. L’importance de la justice, de la maîtrise de soi ou de la patience sont des concepts unanimement partagés. L’Islam et son Livre saint, le Saint Quran, insistent sur l’idée de la nation tolérante au lieu de vouloir constamment et systématiquement mettre en avant les différences. L’Islam met l’accent sur ce qui rapproche les hommes et les religions. Le Saint Quran dit :

« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous connaissiez les uns des autres. »[1]

Cela nous amène à faire un petit aparté. En tant que musulman, il est plus que temps de renvoyer une image différente de ce qu’est notre religion. Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous les ambassadeurs de notre foi et les actions individuelles ont un impact sur le reste de la communauté islamique. L’actualité est en effet une triste démonstration de ce fait.

L’autre point d’attention est le suivant : tout musulman doit comprendre qu’il doit connaître sa foi afin de ne pas toujours se déprécier face au monde. L’Islam nous donne des outils pour que nous puissions briller et illuminer le monde, chacun à notre dimension. Pourquoi avoir un tel complexe d’infériorité ? N’avons-nous donc pas confiance en notre foi et en Dieu ?

Le dernier point d’attention s’adresse à ceux qui ne sont pas musulmans : l’amalgame n’a jamais été une façon raisonnable de considérer les choses. Le fait qu’un individu commette un acte contraire à toutes les formes de respect, de valeur et de moralité ne signifie pas que toute la communauté musulmane pense ou est capable de faire la même chose. Cela ne veut pas dire non plus que cela est préconisé ou encouragé par l’Islam. Adopter un tel système de pensée est contraire à toute forme de rationalité et un syllogisme qui n’est que l’expression de l’aberration la plus absolue. Dirons-nous que parce qu’un individu est un voleur de banque que toute sa famille est une famille de criminels ou que toutes les personnes qui ont la même religion que lui sont tous des voleurs de banque en puissance.

 Le fait qu’un musulman a commis des attentats ne signifie pas que tous les musulmans sont des terroristes en puissance. La diversité des opinions existe aussi chez les musulmans et comme partout, il y a des opinions qui ne sont pas acceptables.

On ne parviendra jamais à aller vers l’autre et à apprendre à mieux les connaître si notre attention ne se porte que sur ce qui nous différencie ou ce qui nous sépare. L’Islam, toujours selon le Saint Quran, n’est pas une religion qui cherche à exclure ou à éloigner les autres religions. Dans le Saint Quran, nous pouvons lire :

Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis. »[2]

Si nous prenons les trois grandes religions monothéistes, toutes croient au Prophètes Adam (as), Ibrahim (as), Nouh (as), Soulayman (as) ou encore Dawoud (as). Même si sur le plan théologique, nous constatons des différences dans nos conclusions, est-ce là une raison suffisante pour dire que tout ce monde serait incapable de coexister ? Un tel raisonnement ne serait que pure stupidité.

La coexistence n’est possible qu’à travers la tolérance et personne mieux que le Saint Prophète (saww) ne peut le prouver d’une manière plus admirable et limpide. Lorsque l’Islam naissant était en danger, c’est auprès d’un roi chrétien, le roi Négus d’Abyssinie, que le Saint Prophète (saww) se tourna. Après l’annonce de sa prophétie, le Saint Prophète (saww) et ses compagnons subirent un harcèlement et une violence grandissants de la part de la population de la Mecque (torture, harcèlement moral, insultes, etc.)

Pour préserver l’essence du Message, la vie de ses compagnons et surtout leur foi encore jeune et tendre (pour éviter que ce harcèlement constant les conduise à renier l’Islam), il leur demanda de partir vers l’Abyssinie pour y trouver refuge. Lorsque ses compagnons lui demandèrent pourquoi ce pays en particulier, il leur expliqua que dans ce royaume se trouvait un roi chrétien reconnu pour son humilité et qu’il les accueillera après avoir entendu les raisons de leur venue.

Ja’far Tayyar, le frère d’Imam Ali (as), emmena un groupe vers l’Afrique, poursuivit par Amr Bin Naas. Ils arrivèrent en même temps en Abyssinie. Le groupe de Ja’far Tayyar demanda l’asile auprès du roi. Pour tenter de gagner les faveurs du roi Négus, les poursuivants étaient venus les mains chargées de présents pour le souverain. Ils demandèrent alors à ce dernier de les remettre les fuyards afin de les ramener vers la Mecque.

Pour inciter le roi chrétien à livrer ces exilés, ils lui expliquèrent qu’ils avaient adhéré à une nouvelle foi qui s’attaquait au fondement de la personnalité de Marie et de son fils Jésus. Malgré ces allégations, le roi souhaita entendre la version des demandeurs d’asile. Ces derniers s’exprimèrent.

Cet épisode de l’histoire nous livre un merveilleux enseignement sur ce qu’est le bon comportement. Dans toute situation opposant deux partis, il est absolument injuste de porter un jugement ou de condamner un des partis sur la seule parole de l’autre. Faire preuve de sagesse et entendre les versions de chacun sont indispensable. Il faut laisser de côté tout sentiment partisan et être raisonnable. Un jugement ne peut se fonder que sur la base de la raison. Juger sous l’emprise de l’émotion est le meilleur moyen pour commettre un acte d’injustice.

Le Saint Quran rappelle cet épisode de l’histoire en ces termes :

Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : « Nous sommes chrétiens ». C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. Et quand ils entendent ce qui a été descendu sur le Messager [Muhammad], tu vois leurs yeux déborder de larmes, parce qu’ils ont reconnu la vérité. Ils disent : « Ô notre Seigneur ! Nous croyons : inscris-nous donc parmi ceux qui témoignent (de la véracité du Coran). »[3]

Convaincu par la bonne foi de Ja’far Tayyar, il offrit sa protection à cette jeune religion naissante qui avait tant de points communs avec sa propre foi. J’ai’far s’installa en Abyssinie jusqu’à la bataille de Kaybar, période à laquelle il partit vers Médine. Plus qu’un chrétien, le saint Prophète considérait ce chrétien comme un frère en humanité.

À partir du moment où nous croyons et nous défendons des principes et des valeurs identiques, les différences théologiques ne doivent en aucun cas nous empêcher de vivre l’un à côté de l’autre, dans la paix, l’harmonie et le respect de l’autre. Dans le monde contemporain où nous vivons, c’est bien cette philosophie qui nous manque, de part et d’autre, aussi bien du côté de musulmans que de ceux qui ne le sont pas. Même entre musulmans, nous ne sommes pas toujours prêts à tolérer les différences théologiques des autres. Même au sein d’un même courant idéologique, nous sommes trop souvent incapables d’accepter les différences culturelles qui existent entre nous.

Nous devons saisir l’opportunité exceptionnelle d’être dans des pays occidentaux pour corriger les erreurs d’interprétation, de compréhension et de conception et les idées reçues au sujet de l’Islam. Nous devons saisir cette chance de montrer aux gens ce qu’est réellement l’Islam et en quoi elle est différente de l’image qu’en donne une frange minoritaire qui, bien malheureusement, n’a absolument rien compris à l’Islam et ceux qui l’utilisent à des fins personnelles. Ces genres d’individus existent partout, dans tous les courants idéologiques, philosophiques et théologiques. L’extrémisme existe même chez les athées.

En tant que musulmans, notre bon comportement, notre bonté, notre miséricorde et nos principes humains seront des faits et des preuves encore plus puissantes que le meilleur des arguments. C’est dans ce cadre-là que le dialogue interconfessionnel prend toute sa dimension et que l’existence de centres favorisant cet échange devient cruciale. Ce sont des lieux d’expression, d’échange et de partage de l’Islam véritable, loin de toutes les formes de clichés. C’est ainsi que les religions peuvent se parler, se comprendre et enfin bâtir une tolérance mutuelle.

Et l’un des bénéfices de ce dialogue est l’impact positif de l’Islam sur les autres : ils se nourriront et s’inspireront de son enseignement.

L’influence d’Imam Ali (as) sur les non-musulmans de son époque

L’influence des Ahlulbayt (as) sur les non-musulmans témoigne de l’importance du dialogue dont nous venons de parler. Nos Massoumines (as) ont toujours incité les musulmans à faire en sorte qu’ils soient accessibles à toute l’humanité. Malheureusement, nous avons trop tendance à les garder « enfermer » entre les quatre murs de nos maisons et de nos centres. En découvrant les Ahlulbayt (as) et la profondeur de leurs enseignements, les hommes décideraient par eux-mêmes de les suivre. Or sans le dialogue, il est impossible que le monde puisse apprendre à les connaître et à les comprendre.

Prenons l’exemple du Saint Prophète (saww). Guru Nanak Dev Ji, un mystique indien, maître fondateur du sikhisme et premier des dix Gurus du sikhisme, voyait le Saint Prophète (saww) comme un agent de la divinité hindou Brahman. Il pensait qu’une personne douée d’une qualité morale aussi élevée ne pouvait être que l’agent de la divinité.

Gandhi s’est largement inspiré d’Imam Houssayn (as) pour son combat politique qui reposait sur la non-violence contre Raaj britannique (British Raaj). Gandhi disait : « Ce que j’ai appris de Hussain c’est comment parvenir à la victoire bien qu’étant oppressé. » Que faut-il en conclure ? En partageant intelligemment les enseignements de l’Islam, ceux qui sont loin de l’Islam véritable et ceux qui ne sont pas musulmans découvriront et apprendront à apprécier la beauté et la grandeur des Ahlulbayt (as).

Au temps d’Imam Ali (as), les musulmans ne furent pas les seuls à être touchés par le message et la grandeur d’Imam Ali (as), mais aussi les non-musulmans furent admiratifs de sa grande qualité morale. Le principe de base qu’il a transmis à son fidèle compagnon Malik al-Ashtar était que tout homme, s’il n’était son frère en religion, était son égal en humanité. Et il traitait chaque être humain comme tel.

Ce message a toujours été la pierre angulaire des principes islamiques et il le restera jusqu’à la fin des temps. Imam Ali (as) va encore plus loin en disant la chose suivante : « nos ennemis ne sont point les chrétiens ou les juifs. Notre véritable ennemi est en réalité notre propre ignorance. » Autrement dit, l’Islam n’est pas à confiner au cercle des musulmans uniquement. C’est un message universel qui transcende toutes les formes de différence. Le Saint Qur’an nous dit :

« Ô hommes ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. »[4]

« Ceci n’est qu’un rappel pour l’univers, pour celui d’entre vous qui veut suivre le chemin droit. »[5]

Parlant du Saint Prophète (saww) :

« Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers. »[6]

« Et Nous ne t’avons envoyé qu’en tant qu’annonciateur et avertisseur pour toute l’humanité. »[7]

Quelques soient la société, l’époque et le lieu, lorsque l’ignorance est là, aucune forme de progrès et d’évolution ne sont possibles, faisant dire à Imam Ali (as) :

« Chacun est l’ennemi de son ignorance. »[8]

Lorsqu’on regarde la vie d’Imam Ali (as), on se rend compte de l’influence qu’il a eue au-delà du cercle des musulmans. ON raconte qu’un jour il croisa un juif et tous les deux semblaient aller dans la même direction. Le juif lui demanda où il se rendait. Imam Ali (as) lui dit qu’il se rendait à Kufa. L’homme lui expliqua qu’il allait au village juif. Il lui suggéra donc de faire un bout de chemin ensemble, ignorant totalement qui était Imam Ali (as), à savoir le calife de l’époque. Ils marchèrent donc ensemble, discutant de manière plaisante et agréable, échangeant sur leur foi respective.

Et finalement, ils arrivèrent au village juif. L’homme se rendit compte de la situation et il demanda à Ali (as) pourquoi il n’avait pas pris la direction de Kufa, un peu plus tôt au niveau de l’embranchement des deux routes. Imam (as) lui répondit : « l’Islam me commande de ne pas te laisser sans en avoir ta permission. » Ce dernier tout confus accorda sa permission et Imam Ali (as) s’en alla. Voyant la scène, un homme s’approcha et dit au voyageur : « sais-tu qui est cet homme ? » ce dernier répondit que la seule chose qu’il savait c’est que c’était un musulman, humble, généreux et cultivé.

Lorsque son interlocuteur lui révéla l’identité d’Imam Ali (as), il s’exclama que si de tels hommes sont les dirigeants et les penseurs de l’Islam alors cette religion mérite d’être plus respectée. Ce qui est triste dans cette histoire, c’est que, par nos actes et nos comportements, nous faisons bien souvent la disgrâce de l’Islam et celle des Ahlulbayt (as). Dans cette anecdote, à aucun moment Imam Ali (as) ne s’est mis à insulter ou à dénigrer ou à rejeter ce voyageur. Il le traita comme son égal en humanité, restant ainsi fidèle au principe d’équité et d’égalité de l’Islam.

Voici un autre exemple de l’influence d’Imam Ali (as). Un jour, un chrétien s’empara du bouclier d’Imam Ali (as). Lorsqu’Imam (as) le réclama, il refusa de le rendre. Il proposa de régler devant la justice. Une fois devant le juge, ce dernier demanda à Imam Ali (as) : « Ô Aboul Hassan, que puis-je faire pour vous » Imam répondit : « tout d’abord, ne m’appelles pas par mon titre. Utilise mon prénom de même que tu appelles ce chrétien par son prénom. Nous serons ainsi sur un même pied d’égalité. »

Se reprenant le juge posa sa question et Imam Ali (as) lui exprima ses doléances au sujet de son bouclier. Le juge demanda à Imam Ali (as) s’il avait un témoin pour corroborer sa version de l’incident. Devant la réponse négative de l’Imam (as), il prit une décision en faveur du chrétien. Alors qu’Imam Ali (as) repartait, le chrétien ne pouvait s’empêcher de le regarder, de l’admiration dans les yeux. Imam Ali (as) le remarqua : « pourquoi me regardes-tu de la sorte ? Est qu’il y a une raison particulière à cela ? » Le chrétien acquiesça. Imam Ali (as) lui demanda alors de l’expliquer.

Le chrétien commença : « aujourd’hui, j’ai vu la justice de Dieu à l’œuvre. » Imam Ali (as) lui demanda : « mais comment ? » Le chrétien continua : « j’ai assigné en justice le calife de l’état islamique devant une juridiction islamique. Le juge a pris une décision en défaveur du calife et pourtant il repart acceptant sans mécontentement et sans désaccord la décision. Si cela n’est pas la justice divine alors j’ignore ce que c’est. » Devant une juridiction islamique, absolument rien n’empêchait Imam Ali (as) de débouter le chrétien. En fait, il a quelque chose qui préservait Imam Ali (as) d’un tel comportement : son sens de la justice, sa tolérance et sa foi.

Voici un dernier exemple très frappant de la grandeur de cet homme. Un jour, marchant dans les rues de Kufa avec ses compagnons, Imam Ali (as) croisa un vieux mendiant de confession chrétienne. Imam Ali (as) s’assit auprès de lui et dit à ses compagnons : « comment a-t-on pu arriver à une situation où un chrétien doit mendier dans un état islamique ? Lorsque ce chrétien était jeune et qu’il servait l’état, vous étiez à ses côtés. Maintenant qu’il est devenu âgé, vous l’abandonnez ainsi à la mendicité. Je ne bougerai pas de cet endroit tant que vous ne lui apporterez pas votre aide. »

L’influence d’Imam Ali (as) sur les non-musulmans contemporains de ces 2 siècles

Toutes ces anecdotes de la vie d’Imam Ali (as) doivent nous faire comprendre que la vision islamique de la société n’est pas et ne peut pas se restreindre au seul cercle des musulmans, mais elle a, bien au contraire, une portée universelle indéniable. Dire d’Imam Ali (as) qu’il est le leader des musulmans uniquement (pour ne pas dire des chiites seuls) est une terrible méprise et une affirmation réductrice. Il est bien plus que cela : il est le leader de l’humanité après le Saint Prophète (saww).

Historiens, sikhs, hindous, chrétiens ou journalistes, lorsque l’on regarde le statut et la position des non-musulmans contemporains au cours de deux derniers siècles qu’il a influencés, plus aucun doute ne peut subsister pour un cœur éclairé et ouvert à la vérité. Prenons quelques exemples.

Rajiv Gandhi

Rajiv Gandhi était le fils d’Indira Gandhi et petit-fils de Jawaharlal Nehru. Il fut le premier ministre de l’Inde à la mort de sa mère en 1984 jusqu’en 1989. Il meurt assassiné en 1991 lors d’un attentat à la bombe. Cet homme a joui d’une aura unique en Inde, tout comme les autres membres de cette famille. Un jour, on lui demanda les raisons de sa réussite sur le plan politique. Il expliqua que l’une des raisons de son succès était la lettre qu’Imam Ali (as) a écrite à Malik al-Ashtar lors de sa nomination en tant que gouverneur de l’Égypte. Il racontait que, chaque fois que de nouveaux hauts fonctionnaires venaient se présenter à son cabinet pour prendre ses fonctions, il avait coutume de leur remettre un exemplaire de cette lettre. Rajiv Gandhi disait :

« Aucun document ne parle aussi bien de la question de la gouvernance. Les lignes de cette lettre m’ont beaucoup influencé et notamment le passage suivant `Ô Malik, sache que dans le peuple égyptien il y a deux genres de personnes : ils sont soit tes frères dans la foi soit des égaux en humanité. `Lorsque je regarde la population indienne, nous avons des hindous, des sikhs, des musulmans, des gens de fois et de convictions diverses. Lorsque j’observe tout cela, je me rends compte de la portée d’une seule ligne de la lettre d’Ali ibn Abi Talib. Je suis peut-être hindou, mais d’autres êtres humains vivent ici (en Inde) et je me dois de faire preuve de respect à leur égard aussi. Écoutez cette autre ligne : `fais preuve de miséricorde envers les gens tout comme tu aimerais que Dieu te fasse miséricorde. `Tout le monde recherche la miséricorde de son dieu et en gardant à l’esprit cette vérité, l’homme peut améliorer son comportement envers les autres. La troisième chose qui m’a beaucoup influencé dans cette lettre c’est ce conseil : `pardonne les gens comme tu aimerais que Dieu te pardonne. ` »

Thomas Carlyle

Thomas Carlyle était un historien, un publicitaire et un critique britannique ayant vécu au 19e siècle (mort en 1881) dont le travail eut une très forte influence durant l’époque victorienne. Il est célèbre, notamment, pour son livre sur La Révolution française une œuvre littéraire et historique de grande qualité qui eut une influence profonde et durable sur la culture anglaise. C’est par ailleurs un homme qui a dénoncé sans détour les maux de sa société dans ses écrits, une démarche qui lui vaut respect et reconnaissance à travers les siècles. Cet historien écossais parlait d’une manière très profonde d’Imam Ali (as) : « Il avait quelque chose de chevaleresque ; brave comme un lion ; ayant pourtant une certaine grâce, tel un vrai et attachant, brave homme de la chevalerie chrétienne. »[9]

Carlyle n’a absolument aucun lien avec l’Islam : il est chrétien. Il était originaire d’une famille calviniste stricte, Carlyle se destine à une vie de prêtre. Mais il exprimait son opinion d’historien. Pour justifier ses propos, il cite un événement marquant de la bataille de Khandaq. Imam Ali (as) venait de vaincre Amru Ibn Abd-e-Wudd. La nouvelle de cette défaite parvint jusqu’au campement où se trouvait la sœur de Amr. En apprenant la nouvelle, elle fut d’abord dans un état de choc, car les seules nouvelles qu’elle recevait habituellement étaient celles des victoires de son frère, guerrier connu pour être redoutable.

Cherchant à découvrir l’identité de l’homme qui avait vaincu son frère, on l’informa qu’il s’appelait Ali ibn Abi Talib. Elle demanda à être conduite près du corps de son frère. Une fois sur les lieux, elle s’assit près de lui et pleura abondamment. Puis, soudainement, elle se releva, le visage souriant et réconforté. Les soldats surpris, par ce soudain changement d’attitude lui demandèrent ce qui s’était passé. Elle répondit : « je suis honoré que ce soit le fils d’Abou Talib qui a tué mon frère. » Les soldats encore plus intrigués rétorquèrent : « mais pourquoi ? Il a malgré tout tué votre frère ! » Elle expliqua alors : « Chaque fois que mon frère engageait un duel avec un adversaire murmurait toujours : `O soldat, si tu dois me tuer aujourd’hui, je t’en prie, n’ôte pas mon armure de mon corps. Elle appartient à ma famille. Alors je te le demande, prends ma vie, mais laisse cette armure qui est une partie de notre héritage.` Et comme vous le voyez, l’armure est toujours sur le corps de mon frère, car son adversaire ne l’a pas prise. C’est à cela que je reconnais que celui qui a tué mon frère était plein de grâce et de noblesse. Tout autre soldat, aussi brave soit-il aurait arraché cette armure pour en faire sienne. De tous les soldats, Ali fils d’Abou Talib est en cela différent. »

Khalil Gibran

Issu d’une famille modeste chrétienne, Khalil Gibran est un poète et un peintre libanais né en 1883 au Liban et décédé en 1931 à New York. Il a passé la majeure partie de sa vie aux États-Unis. Il est considéré comme un des plus grands poètes de langue arabe. Comparé à peintre et poète britannique William Blake, on le surnomme parfois le « Victor Hugo libanais. » C’est sans exagération un des poètes libanais les plus lus au monde.

Khalil Gibran, de confession chrétienne, disait à propos d’Imam Ali (as) : « Ali appartient à une nation qui n’est pas la sienne. » Ali n’appartient pas qu’au Moyen-Orient ou l’Arabie, même si c’est la nation où il a vu le jour. Il appartient en réalité à une nation plus vaste : la nation des hommes, l’humanité. « Il appartient à une ère qui dépasse son époque. » Imam Ali (as) a constamment été confronté à des hommes qui ne comprenaient pas son état d’esprit, ses principes et son éthique.

Alors que Dieu lui a fait don d’un savoir incommensurable, plutôt que de profiter de sa présence parmi eux pour se rapprocher du divin, les hommes se moquaient de lui en l’interrogeant sur le nombre de poils dans leur barbe. Khalil Gibran disait qu’« Ali était semblable à ces lois de la nature qui restent immuables à travers le temps. »

Ces témoignages démontrent à quel point les Arabes n’avaient pas pris toute la dimension de la personnalité et du savoir d’Imam Ali (as), parlant de métaphysique, de rationalité, de politique, de gouvernance, d’économie, de physique ou encore d’astronomie. Nous-mêmes, à notre époque de science triomphante, nous n’avons pas pris le temps d’explorer, de comprendre et de transmettre cet homme qui n’est autre que l’Imam de la création.

L’universalité d’Imam Ali (as)

Imam Ali (as) n’appartient pas qu’à une nation. Il transcende cette notion et toutes les formes de clivages que les hommes ont imaginés. Il est l’Imam de tous les hommes. Il rayonne au-delà du petit cercle des chiites et des musulmans dans leur globalité. Quelque soit sa religion, sa race ou sa culture Ali ibn Abi Tali (as) est un modèle et une source d’inspiration. C’est ce que Khalil Gibran explique ou des hommes Gandhi, aussi bien le Mahatma que Rajiv Gandhi le démontrent avec splendeur.

Kunwar Singh Bedi, un très célèbre poète indien disait : « Ô Ali, je jure que tu appartiens à toutes les religions, à toutes les époques et à tous les peuples. Et aussi longtemps que nous sommes en vie, nous ne permettrons à personne le droit de s’accaparer ton honneur et nous ne laisserons jamais personne clamer que tu es à lui seul, car Ali Abi Talib (as) appartient à toute l’humanité. »

Dosabhai Framji Karaka, un grand journaliste indien, qui a travaillé pour le Bombay Chronicle avant de fonder son propre journal The Current dans les années 40 disait que « pour un hindou, tenter de comprendre Ali ibn Abi Talib c’est comme mettre l’océan dans une jarre. » La profondeur du personnage, sa grandeur et son héritage sont considérables. Et c’est cet héritage que nous allons explorer plus en détail dans notre prochain article.


[1] Sourate 9 Al-Hujurat – Verset 13

[2] Sourate 3 Ale Imran – Verset 64

[3] Sourate 5 al-Maeda – Verset 82 et 83

[4] Sourate 49 al-Hujraat – verset 13

[5] Sourate 81 at-Takwir – verset 27 et 28

[6] Sourate 21 al-Anbyia – verset 108

[7] Sourate 34 Saba – verset 28

[8] Nahjul Balagha/alKalamat-ul Ghisar/N°172

[9] On Heroes, Hero-Worship, And The Heroic In History, 1841

 

Préparé et proposé par www.al-misbah.org

Sur la base du discours de Sayed Ammar Nakhshawani, le Saint Quran, voice of human justice par George Jordac, le Nahjul Balagha et ainsi que diverses recherches complémentaires

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