Karbala: le sang et le message

karbala-1Comme on nous le répète souvent, « chaque jour est Ashoura et chaque terre Karbala. » Mais la réalité c’est que l’esprit et la philosophie d’Ashoura nous quitteront à peine Eid-e-Zahra terminé. La commémoration de cette tragédie ne doit pas devenir un simple rite annuel, mais témoigner de notre engagement vis-à-vis de valeurs défendues, au prix de leur vie, par notre Imam (as) et compagnons.

On ne rappellera jamais assez que sous le califat des Omeyyades il régnait un climat de terreur, d’oppression et de répression systématique. Le pouvoir avait tout mis en œuvre pour altérer le message de l’Islam : les insultes proférées contre Imam Ali (as) étaient illustration de ce climat. Yazid réfutait ouvertement la Révélation, se moquant du Saint Prophète (saww) chaque fois que cela était possible. Le soulèvement de notre Imam avait pour seul et unique objectif de revivifier les traditions et la philosophie originelle de l’Islam, celles transmises par le Saint Prophète (saww).

Dans son testament à Muhammad Hanafiya, notre Imam (as) écrit : « J’atteste que je ne sors pas de gaieté de cœur ni par arrogance ni dans l’intention de semer la corruption ni de commettre l’injustice. Je me suis soulevé pour demander la réforme de la communauté de mon grand-père. Je veux ordonner le bien et interdire le blâmable et suivre les traces de mon grand-père et de mon père. »

J’aimerai vous rappeler à quel point les valeurs défendues par notre Imam (as) sont universelles. Elles ne touchent pas que les musulmans. Toutes ces notions comme le libre arbitre, l’humanité, la liberté ou encore l’équité concernent tous les êtres humains, quelque soit leur religion ou leur origine, de Gandhi à Charles Dickens (auteur d’Oliver Twist).

Je souhaite que nous prenions un peu de recul sur la tragédie de Karbala afin de rappeler quelques-uns de ses messages, dans l’espoir que la flamme du sacrifice d’Imam Houssayn (as) et de celui de ses proches ne nous tombe pas dans l’oubli jusqu’au prochain Muharram.

Le sang et le message

S’il vous est arrivé de vous poser la question pourquoi Imam Houssayn (as) a emmené toute sa famille avec lui sachant ce qui allait lui arriver, alors demandez-vous la chose suivante : sans Bibi Zaynab (ahs) et le reste de la famille de notre Imam (as), qui aurait transmis la véritable histoire de Karbala ? Je vais m’expliquer.

La tragédie de Karbala est composée de deux facettes : celui du sang et celui du message. Par le sang qu’ils ont versé, Imam Houssayn (as) et ses compagnons sont l’incarnation de la première facette. Mais tout ce sang versé à Karbala serait resté muet si personne n’avait pris la responsabilité de faire connaître au monde cette tragédie, son origine et de faire entendre le message de notre Imam. Si Bibi Zaynab (ahs) n’avait pas assumé la responsabilité de transmettre le message de son frère alors Karbala serait resté un simple évènement historique, une révolte de plus dans l’histoire tumultueuse de ces premiers temps de l’Islam.

Si Imam Houssayn (as) est le prince des martyrs alors Bibi Zaynab (ahs) est la princesse des messagers de Karbala, luttant avec les mots là où son frère a lutté avec une épée. Comme Imam Ali (as) le disait : « Combattez dans le chemin d’Allah par vos mains ; si vous ne le pouvez pas alors combattez avec vos paroles, et si vous est encore impossible alors combattez avec votre cœur. »

Bibi Zaynab (ahs) a admirablement rempli sa mission, au prix d’une souffrance morale et physique que peu d’êtres humains sur terre n’auraient eu la capacité d’endurer. La vraie question qui se pose à présent est la suivante : qu’avons-nous fait de ce message ? L’avons-nous compris ? Et est-ce que nous les appliquons dans notre vie ? Prenons des exemples :

  1. Imam Houssayn nous a montré par les actes ce que signifie bien se comporter et que signifie le respect, même avec ses ennemis.
  2. Janabe Zaynab nous a montré quel devait être le rôle d’une femme dans la société, quelle est l’importance du hijab.
  3. Janabe Abbas nous a montré ce que représentait la fraternité et les liens du sang.
  4. Janabe Hur nous a montré la puissance du pardon et de la repentance.
  5. Janabe Ali Akbar, Janabe Kassim ou Aun et Muhammad nous ont prouvé qu’il n’y a pas d’âge pour vivre pleinement sa croyance et que la qualité de l’éducation ou de la formation d’un individu peut le conduire vers la lumière ou l’ignorance.
  6. John, Aslam ou Hars, trois esclaves libérés qui accompagnaient notre Imam nous ont montré la place de l’être humain et le véritable sens du mot liberté, quelque soit sa couleur, son origine ou même son rang social.

Des hommes de toutes les origines, de tous les rangs sociaux et de différentes religions se sont soulevés aux côtés de notre Imam Houssayn, car toutes ces valeurs qu’il défendait étaient universelles

Ayatollah Khomeiny disait la chose suivante : « Ne croyez pas que l’objectif et le but de ces cérémonies {…} s’arrêtent au niveau des pleurs sur le maître de martyrs. Le maître des martyrs n’a pas besoin de ces pleurs. Le plus important est que ces assemblées réunissent les gens et les orientent dans une seule direction. »

Notre lien avec notre Imam

J’aimerai à présent m’attarder quelques minutes sur notre lien avec notre Imam. Nos commémorations sont un moyen pour maintenir vivant le souvenir de cette tragédie, mais aussi un moyen pour garder en vie notre âme et notre humanité. Pleurer juste pour pleurer ne nous apporte rien, car nous restons dans le seul registre de l’émotion. L’émotion est indispensable, mais elle est insuffisante. Elle doit s’accompagner de 3 choses :

  1. La connaissance de notre Imam et de sa famille : qui est-il ? D’où vient-il ? Pourquoi s’est-il révolté ?
  2. La connaissance des valeurs que notre Imam a défendues par son sang : la liberté de choisir, le respect des autres, la justice ou encore l’équité.
  3. L’adhésion à ces valeurs et ces principes : c’est-à-dire leur application dans nos vies de tous les jours.

Mais lorsque vous pleurez avec conscience et connaissance, chaque goutte qui s’écoule sur votre joue est un moment où votre âme est en harmonie avec l’esprit d’Imam Houssayn (as). C’est ainsi que nous pourrons d’une part honorer ce sacrifice, mais nous pourrons garder vivace la flamme d’Achoura. L’école de notre Imam est une école qui forme des êtres humains et j’insiste sur le mot humanité.

Chaque jeudi soir nous lisons le Zyarat-e-Waritha et nous attestons la chose suivante : « J’atteste que tu as accompli la prière, que tu as donné la zakat, que tu as ordonné le bien et interdit ce qui est blâmable, que tu as obéi à Dieu et à Son Messager jusqu’à ce que la certitude t’ait atteint. {…} Je prends à témoin Dieu, ses anges, ses prophètes et ses messagers que j’ai foi en vous. »

Avoir foi en notre Imam (as), c’est avoir foi en son message et faire acte d’obéissance à ses commandements. Et c’est tout naturellement que j’en arrive à me poser les questions suivantes : Ai-je réellement foi en lui ou est-ce que je lis le Zyarat-e-Waritha mécaniquement sans même plus penser au sens des mots que je lis ? Car c’est un engagement fort que nous prenons en lisant ces lignes. Est-ce que j’ai compris son message ? Suis-je digne de son héritage ? Serait-il fier de moi ? Est-ce que je fais honneur à mon Imam ?

Permettez-moi de terminer par cet extrait du Sahifa-e-Sajjadiya : « Mon Dieu, {…}, fait atteindre ma foi la plus parfaite des fois, rends ma certitude la meilleure des certitudes ; fais aboutir mon intention à la meilleure des intentions et mon action à la meilleure des actions. {…} Laisse-moi vivre aussi longtemps que ma vie sera vouée à l’obéissance envers Toi. Et si ma vie devenait un foyer pour Shaytan alors rappelle-moi auprès de Toi avant que {…} Ta colère ne s’abatte sur moi. »

Ashre Zaynab 2011
Préparé et proposé par www.al-misbah.org

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