Introduction à la philosophie des prières quotidiennes obligatoires

prière-obligatoireCe discours a été prononcé par Sheikh Moïse Adboulmomin à Mehfile Zainab avec comme thème principal la philosophie des prières obligatoires. Cette retranscription a été effectuée par Moustapha Abdoulhoussen.

Toutes les religions, quelle qu’elle soit, possèdent une table de loi accordée par Dieu. Celle-ci est toujours adaptée à l’époque à laquelle elle a été révélée. C’est pourquoi elle est susceptible d’évolution. Par exemple, avant l’avènement du prophète Mohammad (saww), la pratique du jeûne était chose courante et se déroulait sur 40 jours. Autrement dit, les lois divines tenaient compte du milieu culturel, du contexte et de l’époque. C’est pourquoi il peut y avoir divergence concernant les lois entre les religions et elles comportent toutes une part de pratique, une part d’adoration.

D’ailleurs, le concept de religion n’aurait plus aucun sens si elle faisait l’impasse sur l’acte d’adoration. Par toutes les religions, ne lui accorde ni le même sens ni le même contenu. Par exemple, dans l’hindouisme, l’adoration s’accomplit uniquement dans un temple, c’est-à-dire l’adoration ne concerne qu’une partie de sa vie, c’est-à-dire lorsqu’il se rend au temple. Par contre, l’Islam ordonne que toute l’existence de l’individu soit adoration et si tel n’était pas le cas, le musulman n’atteindrait pas la fin qui lui a été assignée, qui est la proximité avec son seigneur. Toute notre vie doit être adoration.

Pour ce faire, que signifie « Ibadate »? Ce terme provient d’un autre terme arabe, à savoir « Abde », qui signifie, serviteur et esclave, traduit l’idée d’un être qui est totalement soumis à son maître, qui ne discute pas ses ordres.

Avec l’Islam, cette soumission à l’humain a été transférée à celle de Dieu, c’est-à-dire maintenant il est question d’une soumission totale à Dieu, et ce sans aucune réserve. C’est pourquoi l’adorateur est celui qui dans chacune de ses actions est soumis aux commandements de Dieu, celui qui ne discute pas, qui ne tergiverse pas concernant les ordres divins. Rompre ce lien, c’est ne plus exister en tant qu’adorateur, en tant que croyant, c’est se diriger vers le néant. Pour ce faire, il suffit que le créateur décide de rompre ce lien pour que ma vie s’arrête. Autrement dit, ce lien existe tant que Dieu décide de le maintenir, dans le cas inverse c’est la mort. Comme le disait le philosophe Stoïcien Epictète, il y a des choses qui dépendent de nous et il y en a d’autres qui ne dépendent pas de nous. Il se trouve que la vie ne dépend pas de nous, mais du créateur. D’où le fait qu’à chacune de mes respirations, j’ai besoin de mon créateur. Sans son aide, c’est le néant. Par conséquent, dans chacune de mes actions, je dois me demander si je ne vais pas à l’encontre d’un quelconque commandement divin, si je ne transgresse pas ses lois.

Tout ce que nous avons développé jusqu’ici ne concerne que le concept d’adoration dans un sens général, étudions le à présent à travers une adoration particulière qui est celle de Namaze, la prière canonique obligatoire (PCO). Il est évident que la PCO est à accomplir jusqu’à notre dernier souffle. Elle n’émane pas d’une décision capricieuse de Dieu afin de nous porter préjudice ou tout simplement pour nous embêter. En réalité, elle a pour but de nous empêcher d’accomplir de mauvaises actions, de dévier du droit chemin.

Question : pourquoi, lorsqu’on jette un coup d’œil à la réalité, la PCO ne joue-t-elle plus son rôle de pare-feu contre les mauvaises actions? Dieu se serait-il trompé sur la fonction de la PCO? Cette hypothèse est bien évidemment absurde et impossible puisque l’essence divine contient l’attribut de toute puissance. Seule solution possible, le problème réside en nous. Autrement dit, si nous n’obtenons pas les effets escomptés par l’accomplissement de la PCO, qui est l’éloignement des mauvaises actions, c’est que le problème réside en nous, il vient de notre manière de l’appliquer, notre incompréhension et notre ignorance concernant le sens de cette adoration. À partir de ce constat, il est nécessaire d’apporter des solutions.

  • La première consiste à comprendre pourquoi Dieu rendu cette adoration obligatoire? Quelle en est la raison? Pour ce faire, un compagnon du 6e Imam, Imam Ja’far as-Sadiq (as), lui demanda la raison de cette obligation. Parmi plusieurs raisons, l’imam en invoqua 3 :
    • La première a pour but de rappeler à l’homme le sens de son existence qui est l’adoration de Dieu. En effet, durant la journée, l’homme vaque à ses occupations, préoccupé qu’il est par l’acquisition de toutes sortes de biens matériels qu’il estime nécessaire à son existence. Afin que l’homme ne s’oublie pas, Dieu lui a ordonné d’accomplir la PCO pour qu’il pense un minimum à son créateur et qu’il se remémore le but de son existence. Il ne faut pas faire l’erreur de penser que Dieu ait besoin que sa créature pense à lui. Dieu se suffit à lui-même. Il faut au contraire y voir la manifestation pure et simple de la bonté de dieu, de son amour à notre égard. Donc la PCO est une piqûre de rappel à l’homme du sens de son existence.
    • La seconde a pour but de faire prendre conscience à l’homme de la fatigue, de son corps, des efforts qu’il fournit pour gagner sa vie, pour qu’il se rende compte qu’il est peut-être allé trop loin dans cette quête sans fin des biens matériels.
    • La troisième a pour but de rappeler au musulman qu’il ne se contente pas de croire au prophète et au livre révélé (le Coran), mais qu’il se rappelle concrètement Dieu et son prophète, afin de les garder présents à l’esprit.
  • La deuxième consiste à faire le bilan de nos actions avant l’accomplissement de chacune des PCO. Il s’agit concrètement de se demander qu’elles sont les actes que nous avons accomplis entre, par exemple la prière du matin et celle du midi. Avons-nous commis des actes répréhensibles? Nous sommes-nous éloignés du droit chemin? Avons-nous dépassé les limites? Les mêmes questions doivent être posées avant chacune de nos prières.

Durant ce questionnement, si nous nous rendons compte que nous avons fauté, alors la solution consiste à demander pardon avant l’accomplissement de ladite PCO. Autrement dit, s’il nous arrivait de rendre des comptes à notre créateur immédiatement, serions-nous capables d’apporter des réponses? Le but est de nous faciliter les questions qui nous serons posées le jour du jugement dernier, car faire le bilan de nos actions plusieurs fois dans la journée et qu’à chaque fois je me repends, il est vraisemblable que notre balance sera allégée. Inévitablement, l’adoption d’une telle attitude nous rendra meilleurs, mais surtout nous aurons pleinement saisi et accompli le sens de la PCO qui est de nous éloigner des mauvaises actions. Sans aucun doute, ce but sera atteint.

Sans conteste, il est de notre devoir de nous poser la question suivante : les prières que j’accomplis 5 fois par jour, m’apportent-elles réellement ce qu’elles doivent m’apporter? Si tel n’est pas le cas, il est grand temps d’y apporter des solutions comme notre 6e Imam nous les a transmises, à savoir comprendre le sens de la PCO et faire un bilan de nos actions avant l’accomplissement de chacune de nos prières. À travers ces solutions, même si notre 6e Imam ne le formule pas directement, mais en substance, il y a une glorification de Dieu. En quel sens? Dans le sens où cette obligation manifeste la bienveillance de Dieu à notre égard. Évacuons dès le départ cette idée que l’accomplissement des prières apporte une satisfaction à Dieu. Avec ou sans nos adorations, comme le dirait Spinoza il n’y a ni augmentation ni diminution de sa puissance. Ces adorations n’ont de bienfaits que pour nous et uniquement pour nous. À travers cette obligation, c’est notre bien-être qui est en jeu, car le fait de nous rappeler le but de notre existence 5 fois par jour, c’est pour nous signifier que nous ne sommes pas des êtres matériels, sensibles, mais aussi des êtres spirituels. À vouloir trop acquérir les bienfaits de ce monde, nous risquons d’oublier cette autre partie de nous-mêmes qui fait notre grandeur. L’oublier serait ne pas accomplir notre être et donc une cause de souffrance. Par conséquent, cette obligation est un acte d’amour, de clémence, de miséricorde de la part de notre seigneur. Merci à toi seigneur de nous avoir prescrit cette obligation. Gloire et louange à toi.

Qu’Allah accepte notre maigre contribution à la propagande de la foi. Je vous serais reconnaissant de réciter une sourate Fatiha pour tous nos défunts, particulièrement pour mon regretté tonton Fatéhaly Charifou et mon bien aimé père Abdoulhoussen Azad.

Préparé par Moustapha Abdoulhoussen sur la base d’un discours de Sheikh Moïse Abdoulmomin
Proposé par www.al-misbah.org 

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