L’aversion à la mort chez l’homme

tombe-1La mort est la seule réalité que tous les êtres humains, quelque soit son âge, sa religion, son ethnie ou sa nationalité, ne peuvent contester ou ignorer. Mais ce qui différencie les gens c’est leur attitude face à elle. 

Ce que je vous propose aujourd’hui c’est de creuser un peu cette question. Pour cela nous allons beaucoup nous appuyer sur le livre « 40 hadiths » d’Ayatoullah Khomeiny pour répondre à ces quelques questions : 1) Quelles sont les attitudes face à la mort ? 2) Quelle est notre conception du Paradis et de l’Enfer ? et enfin, 3) Comment se débarrasser de notre peur de la mort ?

Ayatoullah Khomeiny explique que, de par sa nature, l’être humain porte en lui l’amour de l’existence et le désir de survivre et par conséquent une profonde aversion à la mort et à la disparition. Cet amour est lié à la question de l’immortalité et constitue un des arguments que certains savants utilisent pour justifier la nécessité de la Résurrection.

Dans notre croyance, la mort est un passage de notre existence corporelle limitée vers une existence immatérielle et immortelle. Nous n’allons pas entrer en détail dans l’aspect philosophique, mais c’était important de l’évoquer pour planter le décor.

1re question : quelles sont les attitudes face à la mort ?

Face à la mort, il y a trois attitudes possibles :

  1. La peur du néant : lorsque l’on considère l’être humain juste comme un corps physique voué à disparaître, la mort représente le néant c.-à-d. la fin pure et simple de toute chose. Les gens qui pensent ainsi estiment qu’il n’y a aucune forme de continuation et que le néant est la seule éternité à laquelle l’homme est voué. Ceux qui soutiennent cette théorie estiment qu’il faut donc profiter pleinement des plaisirs qu’offre ce monde avant qu’il ne soit trop tard. À partir du moment où une personne ne croit pas en une vie éternelle, elle s’attache à cette vie qu’elle reconnait comme la seule réalité tangible, expliquant la peur de la mort, car synonyme d’abandon de ce monde. Ceux qui ont peur de disparaître à jamais craignent aussi le signe le plus tangible de l’approche de la mort : la vieillesse. On a beau vouloir retarder les signes de la vieillesse avec tous les artifices, les sérums ou la chirurgie, il n’en est pas moins qu’on n’échappe pas à la mort.
  2. La sérénité face à la mort : la sérénité caractérise ceux qui embrassent à bras le corps la mort, y voyant un moyen de retourner vers le Dieu aimé et aimant. Selon les hadiths de nos Massoumines (as), ce sont ceux qui suivent la « seerat » des Ahlulbayt (as). Ces personnes ressentent elles aussi de l’angoisse, mais elle est particulière. Ayatoullah Khomeiny explique que, la nuit de son assassinat, le 19 Ramadhan, Imam Ali (as) fut pris d’une « terreur épouvantable ». Mais ce n’était à cause de la mort, car comme Imam le dit dans le Nahjul Balagha : « par Dieu, le fils d’abou Talib est plus intime avec la mort que l’enfant avec la poitrine de sa mère. » Cette terreur était l’expression de l’amour de l’Imam Ali (as) pour Dieu. Ayatoullah Khomeiny l’exprime avec beauté en ces termes : « le cœur de l’amoureux vibre avec crainte et anxiété lorsque le moment de la rencontre avec l’aimé approche. » Et ce n’est en rien de comparable avec notre peur à nous, êtres humains « pris par les chaînes des désirs et des espoirs et qui sont épris de ce monde passager. »
  3. La peur de la souffrance : c’est la condition qui caractérise une très grande majorité d’entre nous. Nous savons qu’il y a une vie après la mort, mais en réalité notre conviction n’est pas suffisamment forte. À cause de cela, nous focalisons notre énergie à construire ce monde tout en négligeant l’autre. Ayatoullah Khomeiny explique qu’il devient difficile pour une personne de quitter un monde prospère et bien construit pour aller vers un autre en désolation. Dans ce cas précis, la peur de la mort est la conséquence du fait que nous avons tourné le dos à Dieu et notre injustice envers nous-mêmes et envers les autres. On redoute d’autant plus la mort et la souffrance qu’on lui associe, car elle dépasse notre entendement et les références que nous avons. Parfois, le voile de nos propres illusions s’écarte pour nous montrer la réalité de notre comportement. Et face à la réalité de ce que nous sommes réellement, la peur envahit nos cœurs. Toute la question est de savoir comment parvenir à maintenir ouvert ce voile pour nous débarrasser de nos illusions.

2e question : quelle est notre conception du Paradis et de l’enfer ?

J’aimerai que nous abordions rapidement la question de la conception de l’enfer et du paradis. Comprendre ce point donnera tout son sens à l’importance de changer notre regard sur la mort.

Selon de nombreux savants islamiques, le paradis et l’enfer sont des créations de Dieu. Mais ce qu’on y trouvera dépend totalement de chacun d’entre nous. Ayatoullah Khomeiny nous donne une très belle image pour l’expliquer : le paradis et l’enfer peuvent être considérés comme les murs d’un espace vide. L’espace et ses limites sont là. Ce qu’on y trouvera dépendra de ce qu’on veut y mettre : des chambres, des pièces de vie, des meubles, etc. Durant le Me’raj, le saint Prophète (saww) vit des anges s’afférer à construire des bâtisses et de temps à autre, ils s’arrêtaient. Le Saint Prophète (saww) demanda la raison à l’Ange Gabriel qui expliqua la chose suivante : « le matériel de cette construction est fait du rappel de Dieu des individus. Lorsqu’ils s’engagent dans le rappel de Dieu, le matériel devient disponible pour la construction, et les anges continuent alors leur ouvrage. » Pour faire simple, par nos actes, nous sommes les architectes de notre Paradis ou de notre Enfer.

Pour ne pas concevoir un mauvais plan d’architecture pour notre demeure éternelle, comme expliqué plus tôt, il faut avoir la lucidité et le courage de lever le voile d’illusion que nous mettons devant nos yeux. Quel est ce voile ? Notre égo et Satanle maudit nous incitent à nous accrocher à l’espoir que Dieu fera preuve de miséricorde à notre égard, malgré le fait de n’avoir rien fait pour Dieu : dans nos décisions au quotidien, nous avons tendance à exclure Dieu de l’équation. Nous refusons même de faire confiance en Dieu. Mais lorsqu’il s’agit de la vie après la mort, nous devenons subitement des fatalistes, comme si Dieu était arbitraire. Mais nous oublions que Dieu est La Justice et que ce sont nos actes dans ce monde qui décideront de notre place dans l’autre. Mais surtout, nous faisons semblant d’ignorer que la miséricorde de Dieu est quelque chose qui se mérite. Ce n’est pas un acquis : en faisant semblant de l’ignorer, nous pensons tromper Dieu, mais en réalité nous mentons à nous-mêmes.

3e Question : comment non pas se libérer de la mort, mais commencer à le faire ?

Selon nos savants, se libérer de la peur de la mort ne peut pas se faire sans accepter pleinement cette réalité. Cela nécessite un perfectionnement de notre moral et notre comportement, conformément à la voie des Ahlulbayt (as). Ce n’est pas quelque chose qui se produira du jour au lendemain. C’est un processus long, mais j’aimerai que nous abordions juste les étapes qui permettent d’amorcer ce cheminement.

La première étape c’est de lever le voile d’illusion qui se trouve devant nos yeux.

Sans cela, comment se confronter à la vérité ? Et comment parvenir à créer cet électrochoc qui va nous inciter à changer ? Imam Ja’far Sadiq (as) nous l’explique comment y parvenir : « celui qui ne s’examine et ne s’évalue pas tous les jours n’est pas des nôtres. » C’est une recommandation qu’on a tous déjà entendue des dizaines et des dizaines de fois au point de le banaliser. Mais ce qu’il nous manque c’est la volonté et la discipline pour le faire. L’objectif c’est de ne pas accorder d’importance au bien qu’on fait, mais de se focaliser que sur nos mauvais actes et comportements vis-à-vis de Dieu, de soi ou des autres. Ce qui est essentiel c’est ce que l’on veut changer. Si une personne se soumet tous les jours à cet examen d’inventaire, il pourra :

  1. identifier ce qui s’est mal passé, ce qu’il a mal fait ou le mal qu’il a fait,
  2. prendre les décisions et agir pour corriger ses erreurs
  3. et améliorer de jour en jour son comportement.

C’est ce que l’on appelle le « kaizen » en japonais, qui est la fusion des deux mots « kai » qui veut dire changement et « zen » qui veut dire bon. On traduit cela par amélioration continue : « mieux qu’hier, mais moins bien que demain. »

On conseille souvent les gens de le faire avant de dormir, mais j’aimerai vous proposer un autre moment plus intéressant. Après votre prière du Maghrib, imposez-vous 5 minutes de réflexion pour faire le point. Après avoir fait cet examen de conscience personnelle, votre prière d’Isha aura une saveur bien différente et une qualité que vous n’auriez jamais soupçonnée : ce sera un retour vers Dieu pour implorer Son pardon de Dieu et Son aide pour vous améliorer. Ainsi, nous créons les conditions du changement : un pas à la fois, mais un pas sans retour en arrière.

La deuxième étape c’est la connaissance de soi.

Se perfectionner est difficile sans une bonne connaissance de soi, de ses faiblesses et de l’environnement qui nous entoure où nous évoluons. Changer est une révolution qui vient de l’intérieur. Elle n’est pas possible si on ne s’examine pas avec lucidité et objectivité. Mais pour y parvenir, il faut ralentir le rythme effréné de nos vies, un rythme qui donne une sensation de vertige et d’urgence permanente. On a l’impression que tout est urgent. Mais il faut se donner du temps pour se retrouver et pour prendre du recul. Il faut prendre le temps de se couper un peu de notre quotidien. Il faut prendre le temps de fermer les yeux et sentir le monde qui nous entoure : que sommes-nous devant l’immensité de la création de Dieu ? Nous sommes si insignifiants, et pourtant nous avons parfois l’impression que l’univers tourne autour de nous. Il faut apprendre à relativiser et accorder toute son importance non pas à ce qui est temporaire, mais à ce qui est éternel.

Il y a tellement de façon de le faire : faites de la méditation, du yoga (sans rire), faites un sport individuel ou prenez par exemple un passage du Saint Coran ou une invocation du Sahifa Sajjadyia et lisez-les dans un lieu calme qui invite à la réflexion. Et bien d’autres moyens. Pour faire simple, isolez votre esprit pour réfléchir, vous couper du temps et prendre un peu de recul. D’après vous, pour quelle raison le Saint Prophète (saww) allait-il s’isoler dans la grotte du mont Hira ?

Pour conclure

Qui mieux que soi-même est capable d’identifier et de comprendre les zones qui font mal et d’y appliquer les remèdes que l’Islam a mis à notre disposition, en admettant qu’on soit au courant de l’existence des remèdes.

Imam Sadiq (as) dit d’ailleurs à ce propos : « tu es en vérité ton propre médecin. La maladie t’a été décrite, tu as aussi connaissance du signe de la santé, et le remède t’a été montré. Regarde donc la manière dont tu t’occupes de ton âme. »

Si nous sommes capables de faire le point sur nos comportements et si nous sommes capables de prendre ce recul pour apprendre à nous connaître, alors nous pourrons déclencher cette révolution intérieure. Il est inutile d’aller faire la révolution chez les autres : il faut toujours commencer par soi et naturellement, avec l’aide de Dieu, nous allons rayonner suffisamment pour devenir une source d’inspiration. Au bout du compte c’est ce qu’attend de nous le Mahdi (as) pour que les conditions de sa parousie soient réunies.

Préparé et proposé par www.al-misbah.org 

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